Ciudad Perdida

Nous sommes en Colombie, pays par excellence du « réalisme magique« , inoculé par le célèbre écrivain Colombien au Prix Nobel de littérature 1982; Gabriel Garcia Marquez, avec ses fabuleux romans « Cent ans de solitude » ou bien encore « L’amour au temps du Choléra« .

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Réalisme magique dont j’ai pu sentir parcourir l’échine au fil des pas que je faisais en pénétrant dans cette biosphère, tous les éléments magiques voire surnaturels décrits par l’auteur Colombien dansaient dans cette forêt tropicale, mise en mélodie par les chants des oiseaux invisibles, se cachant sous l’épais feuillage de la Sierra Nevada de Santa Marta.

Je chemine donc avec légèreté comme transporté sur les ailes d’un Toucan vers la Ciudad Perdida.           

 


Le secret d’une bonne vieillesse n’était rien d’autre que la conclusion d’un pacte honorable avec la solitude. -G.G.Marquez

Chapitre I

Sierra Nevada de Santa Marta ou le Pacte de la Solitude

Ciudad Perdida - ColombieAucune description même écrite de la plus belle plume détachée des ailes de l’ange Gabo* (qu’il me pardonne) ne pourrait vous faire voyager dans ce lieu remarquable, qu’est la Sierra Nevada de Santa Marta. Alors je citerai simplement quelques caractéristiques géologiques. Notant tout d’abord, que c’est le plus haut massif montagneux du monde dominant une mer, celle des Caraïbes. Et avec ses 5775m le Pic Cristobal Colon peut être fier et se targuer d’être le point culminant de Colombie. Je peux également te mettre en relief que l’UNESCO l’a désigné comme réserve biosphère modèle dû à son incroyable richesse en biodiversité, associée au développement écologique et durable. Enfin je peux aussi te conter que cette forêt adossée à flanc de montagne, abrite en son cœur les derniers témoins et gardiens des grandes cultures pré-colombiennes sur le territoire Sud Américain. Tout comme l’étaient les ethnies Incas, Mayas ou Aztèques, ces ultimes héritiers aux nombres de quatre tribus sont les Wiwa, Iku, Kankuamos et Kogis, descendants direct de la civilisation Tayrona.

Tu l’as compris la Sierra Nevada de Santa Marta est unique au monde par sa géologie, sa biodiversité et l’histoire qu’elle conserve, avec ses communautés Indiennes. A moins que ça soit ces Indiens qui protègent son âme et fait d’elle unique au monde…

*Gabo – surnom de Gabriel Garcia Marquez

—♥

Me voilà parmi un petit groupe de six personnes, formé par l’agence d’éthno-tourisme Wiwa Tour. Nous sommes donc partis à la conquête de l’âme de la Sierra Nevada, illustrée par une aventure de cinq jours dans cette biosphère hors du commun et nous serons accompagnés d’un guide indien répondant au prénom de »Manuel ».

Plus tard un de ses fils nous rejoindra sur le trajet et me marquera l’esprit par sa maturité, son dévouement et son silence. Je marche en région caribéenne donc la chaleur et l’humidité extrêmes se combinent pour accompagner mes premiers pas, j’avale difficilement les premiers dénivelés sur les sentiers de terres argileuses, dans cette forêt millénaire où les rayons du soleil peinent à traverser la canopée. Mais les cris des oiseaux mélangés aux chants des insectes se synchronisent parfaitement aux battements de mon cœur et me font oublier la difficulté du climat. Je peux donc contempler avec calme la beauté des éléments qui m’entourent.

Ciudad Perdida

Pause rafraîchissante sous l’oeil bienveillant de Manuel

Le groupe se sépare, chacun trouve son allure de croisière, je me retrouve seul sur le chemin et la solitude devient au fil des kilomètres la meilleure compagne de voyage dans cet univers floral où arbres centenaires veillent et effluves tropicales valorisées par des bruits inconnus rythment mes foulées.

Beaucoup disent que l’ascension de « Ciudad Perdida » se mérite.

Je dirai que si vous gardez vos sens éveillés, la Sierra vous la facilite.

 

 


 Tout le monde veut vivre au sommet de la montagne, sans soupçonner que le vrai bonheur est dans la manière de gravir la pente. -G.G.Marquez

 Chapitre II

1200 marches de bonheur

1972, guaqeros, des chasseurs de trésors archéologiques assoiffés d’or et d’objets de valeurs tombent sur les premières marches de cette cité au fin fond de cette forêt, qui serait plus ancienne et grande que le célèbre Machu Picchu Inca.

Découvert par « notre monde » peut être…

Ciudad Perdida

1200 marches d’ascension

Mais les tribus locales Indiennes connaissaient déjà son existence et gardaient leur silence sur cet incroyable site. Ce qui me parait normal à la vue du pillage qui a été commis après sa découverte par les guaqeros. De plus l’instabilité politique et économique gangrenée par les narcos-trafiquants du Pays et particulièrement dans la région Caribéenne, a fait de la Sierra Nevada de Santa Marta une zone de conflits entre différents groupements armés qui atteint son paroxysme en 2003 après l’enlèvement de touristes. Ce qui n’arrangeait pas à la conservation, l’attractivité et l’accessibilité des lieux.


Ce ne fut qu’en 2005 que la sécurité a pu être rétablie par l’armée Colombienne, d’ailleurs régulièrement au cours du Trek nous avons pu voir les troupes emprunter le chemin lourdement armées menant à la Ciudad Perdida.

Colombia, Pais del Realismo magico…

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Les étapes se succèdent dans cette beauté environnementale, les refuges de fortune s’avèrent être précieux pour récupérer des efforts successifs. Chaque soir nous nous retrouvons entre voyageurs autour de tables brinquebalantes, éclairées à la bougie, accompagnés d’une symphonie d’insecCiudad Perdidates rebondissant sur la canopée, tandis que les indiens s’affairent en « cuisine » pour nous offrir une hospitalité irréprochable. La nuit tombante, le calme s’empare du campement mais les sonorités inconnues sortant des bosquets continueront toute la nuit de nous bercer. Blotti dans mon hamac, moustiquaire comme voile de mariage avec la Sierra, je me remémore les moments passés et je pense à la journée de demain.

Puisque nous y voilà, nous sommes à ses pieds, je m’imagine gravir ses marches une par une en les comptant, le résultat ne fut pas plus efficace pour me faire tomber dans un sommeil léthargique.

Au petit matin, le campement se réveille et se prépare à la dernière ascension pour cette fameuse cité perdue où, outre la particularité que quelques groupes d’indiens Kogis dont un Chaman se sont réappropriés les lieux, le seul fait de monter ses marches vieilles de plus de 1000 ans me procure une joie et une émotion immenses et indescriptibles.

Majestueuse, « Teyuna » dans le dialecte Indien, se dresse devant toi de toute splendeur, ses terrasses, plus ou moins 170, ses chemins en pavés reliant les différents points de la cité mettant en harmonie l’organisation d’antan, ses cartes de la Sierra Nevada gravées sur des pierres il y a plus de 500 ans. En résumé un trésor archéologique inestimable. D’ailleurs, nos guides indiens nous relatent l’histoire, leurs croyances et les événements passés avec grandes émotions et pédagogie. Un immense respect domine le groupement de voyageurs, impressionnés, par ce lieu transpirant d’une culture ancestrale basée sur le respect de la « Terre Mère », que les communautés Indiennes essaient de préserver.

Ciudad Perdida

Teyuna

Vous pouvez réaliser aussi le Trek avec « Aventure Colombia », agence de voyage spécialisée sur le Tourisme d’aventure, éco-tourisme et tourisme : logo_de_l_agence_aventure_colombia_pionniere_en_co


Se souvenir est facile pour ceux qui ont de la mémoire, oublier est difficile pour ceux qui ont du cœur. G.G.Marquez

Chapitre III

Portrait 

La Mémoire du Cœur

Wiwa, Iku, Kankuamos et Kogis descendants directs de la civilisation Tayrona.

Ciudad Perdida

Manuel et sa femme

A travers ma relation particulière que j’ai entretenu durant une semaine, avec ces indiens, du fait de mon métissage Amérindien, de ma philosophie de vie et de ma curiosité naturelle envers l’histoire et les cultures étrangères. Je vais essayer de te retranscrire mon expérience avec objectivité.

-♥

Poporo à la main. Les cheveux noirs interminables sous un chapeau, tout vêtu de blanc,le regard froid, pénétrant et fuyant à la fois, un sourire timide et sincère en même temps, la parole rare mais précieuse. Tel fut Manuel, notre guide bienveillant, présent par son charisme mais absent également par son silence.

Il appartient à la communauté Wiwa, peut être la communauté indienne parmi les 4 cités précédemment la plus ouverte à notre « civilisation » et « mode de vie ». D’ailleurs la nouvelle génération est tiraillée entre le téléphone portable qu’elle transporte dans leur mochila*(sac typique indien tissé) et le plaisir de se retrouver ensemble dans cette forêt,  à refaire notre monde dans leur dialecte, chacun couché dans son hamac accroché aux poutres, torses et pieds nus, vêtus d’un simple pantalon blanc que je suppose en fibre de lin.

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Manuel séparant les différentes fibres de l’agave pour la confection des mochilas

Manuel et moi, ensemble, nous n’avions pas besoin d’échanger énormément pour se comprendre, un simple regard suffisait, une expression du visage, un geste de la main ou un sourire en coin, signe d’une approbation. Nul besoin de se parler, tout était dans les yeux. Je pense donc qu’il y avait un grand respect et une reconnaissance de chacun pour l’autre. De plus j’aime me dire que je l’avais intrigué avec mon allure d’amérindien déraciné. Nous avions ce point commun que peu de voyageurs auront avec lui, ce qui se traduisit par des instant rares et privilégiés.

Mais au commencement, j’étais presque gêné de rentrer dans son univers car je pensais ne rien lui apporter en retour, j’étais simplement « ce » touriste quelconque (ou presque) ayant le désir de vivre une aventure extraordinaire. Tandis que lui allait m’enrichir de souvenirs et connaissances.

Mais au fil des heures, des jours et des kilomètres, j’ai pu voir une ouverture d’esprit et une chaleur fraternelles, il avait plaisir à répondre aux multiples questions que je lui posais sur la « Selva« (la forêt), sur leur coutume et tradition, sur leur organisation. Il prenait soin de prendre son temps dans ses gestes lorsqu’il devait attraper un insecte ou me montrer un oiseau dans un premier temps invisible à me yeux, ou encore en valorisant leur savoir faire artisanal. Comme lorsqu’il fit démonstration avec sa « dague » en bois tout aussi artisanale de séparer les fibres d’une feuille d’agave servant à la confection des futures mochilas, qui seront soigneusement tressées par leurs femmes.

Il pesait chaque mot afin que j’assimile un maximum la diversité de sa culture.

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Manuel

Il me ramassa des graines végétales et m’en offrit « Tagua, Gola et Ojo Buey« , il ouvrit une fève de cacao m’expliquant les différents stades de maturité et m’incita à la goûter bref des petits moments privilégiés mais intenses et sincères dans la démarche. Et au fil des jours, ayant gagné une confiance mutuelle, je surpris Manuel, s’ouvrir au reste du groupe et se permettre quelques plaisanteries subtiles comme lorsqu’il devait nous réveiller chaque matin sous les coups des 6h/7h en nous balançant le hamac doucement de gauche à droite ou en nous faisant croire que la marche allait être plus dure que la veille, alors qu’elle s’avéra au final plus tranquille.

Un moment fort fut son obstination avec son fils de vouloir célébrer un soir « comme il se doit » l’anniversaire de mon ex compagne, ils trouvèrent comme idée de découper un ananas frais et de « planter » en son cœur une bougie! Une franche rigolade et un chant s’en suivirent.

Mais quand vint la fin du trek, après une dernière accolade chaleureuse au village de Machete, c’est à ce moment précis que j’ai réalisé ce que je lui avais apporté…

Il avait eu une grande fierté d’avoir la liberté et le temps de mettre en démonstration sa culture héritée de ses ancêtres Tayronas.

♥-Rodrigo -♥

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Ciudad Perdida

Le premier monde c’est la mère, l’eau et la nuit, il n’y a rien que l’esprit et le possible des choses « Tout est esprit et pensée » la mère s’appelait Se-né-nulàng. Il y avait aussi un père qui s’appelait Katakéne-ne-nulang. Ils avaient un enfant qui s’appelait Bùnkua-sé. Mais ce n’était pas des gens, rien. Ils étaient Aluna, l’esprit »

Mythologie Kogi, extrait du livre de Eric Julien

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