Le Club – Medellín, Barrio Moravia & Rencontre – Colombie

[Barrio Moravia]

Medellín

Je suis arrivée un mardi soir à Medellín, mon amie Catalina m’attendait chez elle avec sa famille. Elle m’avait donné son adresse par téléphone quelques heures plus tôt. Sure de moi je monte dans un taxi et donne l’adresse au chauffeur. Celui-ci me demande plusieurs fois de confirmer l’adresse. Je ne comprends pas mais ne voulant pas lui laisser penser que tout (ou presque) m’était inconnu dans cette ville, j’affirme mon propos. Nous voilà partis. Après une bonne vingtaine de minutes nous entrons dans un quartier au centre de la ville. Là je commence à comprendre que je ne suis pas au bon endroit. C’est un quartier populaire, très populaire, l’un de ces quartiers que l’on ne voit que dans les films. Les habitations sont délabrées, des enfants déambulent dans les rues sans chaussure, des hommes sont assis par terre et les adolescents traînent en bande. De nombreux stands de nourritures de rues et de la musique sortent par chaque fenêtre, de la poussière et des déchets.

Je suis pourtant téméraire. A 18 ans au Burkina Faso, j’ai découvert la corruption et tous les comportements malhonnêtes que peut engendrer la pauvreté. C’est triste mais cela implique de devoir toujours être sur ses gardes et ne jamais «Dar papaya» : ne pas être une cible facile en dévoilant des signes de richesse ou de naïveté.

Plus on avance dans le quartier et moins je me sens rassurée. Nous arrivons à destination. Il fait nuit, je suis seule, dans une ville inconnue, dans un pays à la réputation sulfureuse, avec absolument toutes mes affaires sur moi. En bref je suis sans défenses.  Mais il faut agir, je ne peux pas rester là. J’ouvre la porte et descends du taxi.

Vue Panoramique sur la Comuna 13, Moravia à Medellín

Sur un parvis, trois hommes sont assis et discutent. Je m’approche et leur demande s’ils connaissent mon amie et sa famille. L’un des trois se lève immédiatement et propose de m’aider.

Favela de Medellín, Moravia

Il est jeune, une trentaine d’années, il n’a pas l’air méchant mais j’ai appris lors de mes voyages à ne jamais faire confiance trop rapidement. Il commence à chercher les numéros de rues puis demande aux voisins mais sa recherche nous enfonce de plus en plus au cœur du barrio. J’ai peur évidemment et reste sur mes gardes. Mon énorme sac pèse lourd et mes sens sont en alerte, je commence à fatiguer. Quelques longues minutes plus tard, une jeune employée d’une tienda du quartier me propose son téléphone pour appeler mon amie.

Ouf voilà un premier espoir.

Après quelques explications entres les deux colombiennes, je comprends que je ne suis pas du tout au bon endroit. Mon amie vit bien à cette adresse mais dans une autre commune… Détail, pourtant des plus importants, que je n’avais surement pas entendu au téléphone cet après-midi-là. Me voilà légèrement rassurée, je sais que je ne suis pas au bon endroit mais je sais où aller et que mon amie m’attend. Toujours aussi bienveillante, la jeune fille m’explique comment m’y rendre. Je dois aller prendre le métro à quelques dix/quinze minutes d’ici. L’homme qui m’a aidée dans ma recherche est toujours là et propose de m’accompagner. Je ne sais pas quoi penser: s’il est honnête alors il me sera d’une grande aide pour trouver le métro et me protéger dans le quartier.

Mais s’il ne l’est pas, je cours le risque qu’il m’arrive quelque chose. Je suis mon instinct et accepte son aide.    

Nous traversons le quartier, il me pose des questions sur moi et me raconte ses conditions de vie difficiles. Petit à petit je me détends, je croise sur mon passages de nombreux regards curieux «mais que fais cette étrangère dans nos rues, à cette heure-là ?», et quelques sourires. Mais aucune animosité, aucun danger autour de moi. Mon bienfaiteur me dépose à l’entrée du métro et me laisse son numéro de téléphone, en cas de problème ou si je souhaite le revoir je n’ai qu’à l’appeler. Arrivée chez mon amie, toute la famille m’attendait, morte d’inquiétude. Je leur raconte mon aventure et à quel point je me sens touchée par la générosité de ces personnes (la jeune femme de la tienda avait appelé pour savoir si j’étais bien arrivée).

«Asi somos nosotros los colombianos» – c’est comme ça que nous sommes, nous les colombiens– sera leur réponse.

Petit à petit j’ai pris conscience de ce qui venait de se produire, un vrai moment de générosité. Donner sans rien attendre en retour.

Moravia quartier pauvre de MedellínJ’appris plus tard que le quartier de Moravia est l’un des quartiers les plus pauvres et délabré de Medellín. En 2017 un gigantesque incendie en détruisit une grosse partie et laissa de nombreuses familles sans toit. Les autorités décidèrent de prendre les choses en mains et mirent en place un grand centre culturel. Aujourd’hui le quartier se relève peu à peu grâce au tourisme et aux nouvelles actions mises en place.  

Moravia est l’exemple même de la Colombie. Le courage, la volonté et la générosité de ses habitants, transformant peu à peu les quartiers pauvres et délabrés en lieu de vie attractifs et colorés. Petit à petit le pays s’apaise et laisse de plus en plus de place à son peuple pour exprimer sa culture si riche et s’ouvrir au reste du monde.

Chaque fois que je retourne dans ce pays je suis un peu plus surprise et émerveillée. Fascinée par ses paysages, ses habitants, sa musique et cette joie de vivre permanente.

Alors je n’ai qu’un conseil à vous donner, sortez de vos aprioris et allez voir par vous-même

Moment de vie dans les rues de Medellin
♥-Marylou-♥


L’auteur

Comment se décrire soi-même sans tomber dans l’autobiographie romancée ou à l’inverse dans le curriculum beaucoup trop conventionnel ?!Je crois que ce qui a le plus façonné celle que je suis aujourd’hui, ce sont mes voyages. Alors je vais tenter de me décrire à travers eux. 2006, j’ai ce souvenir des couleurs jaunes sable des bords du Nil et de cette balade en chameaux autour des pyramides d’Égypte. Comment mieux commencer à voyager que par l’une des plus belles destinations de la planète ? Je reviens les yeux remplis d’étoiles et avec l’envie de découvrir le monde.

En 2008, je décide de suivre les traces de ma maman (infirmière) et mTourisme Responsable’engage dans une association humanitaire qui vient en aide au Burkina Faso. A 18 ans, je me retrouve immergée dans l’un des pays les plus démunis d’Afrique. Le choc est brutal. Mais je découvre aussi la richesse de la pauvreté, le retour aux valeurs simples du partage et de la générosité. Une prise de conscience forte, face à nos sociétés de plus en plus individualistes. Ma vision du monde ne sera plus jamais la même…Puis durant plusieurs années, les études et les opportunités de la vie m’ont permis de découvrir l’Europe, le Maroc, Montréal, New-York, et une partie de l’Asie. Avec chaque fois cette joie de perdre mes repères, dans des paysages inimaginables. Et cette sensation de liberté totale au contact de personnes vivant de manière si différente de la nôtre.

Mais c’est en 2014 que je décide de prendre mon destin en main et de me rendre là où mon cœur m’a toujours poussée : l’Amérique latine. Un aller simple pour Cuba. Seule, avec mon sac à dos, je passerai finalement huit mois à redescendre le continent. Puis six mois lors d’un deuxième voyage quelques mois plus tard. Écouter en boucle les paroles de Romeo Santos pour améliorer mon espagnol, apprendre la salsa, gravir les 1800 marches jusqu’à atteindre le Machu Picchu, passer plusieurs semaines au sein d’une communauté Maya, fêter noël dans une famille colombienne et mes 25 ans sur une barque au cœur de la forêt amazonienne. Tant de moments uniques, de souvenirs inoubliables. Tant de personnes exceptionnelles et cette culture si proche de celle que je suis vraiment. J’ai la sensation d’avoir trouvé mes racines. Là-bas je me sens bien, je me sens moi.  C’est inexplicable, «Le cœur a ses raisons que la raison ignore.» dit-on.

Bref, vous l’aurez compris, je suis piquée, accro, mordue de voyages. Incapable de résister à l’envie de découvrir les merveilles de la nature, les prouesses architecturales de l’être humain. Passionnée par les histoires des gens, la magie des rencontres quelles qu’elles soient.Mais j’ai aussi pris conscience de l’importance de protéger tout cela. Le voyage ne doit pas être un privilège, il doit être donné à tous mais ne nuire à personne. Voilà pourquoi mon chemin est aujourd’hui celui du tourisme durable : rendre le monde accessible tout en protégeant sa nature et ses Hommes.

Marylou, 27 ans, certainement un peu trop utopiste … mais chaque réussite commence par un rêve


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