Aventure #1 – Tempête de Neige dans les Pyrénées Catalanes

[C A T A L U N Y A]

Pyrénées Catalanes

Je remercie Mme Emilie et son équipe de l’Office de Tourisme Conflent Canigo pour leur accueil chaleureux et leurs conseils avisés. Un grand merci aussi à Mr Josep P et son équipe du Parc naturel régional des Pyrénées Catalanes pour leurs professionnalismes et connaissances. Une pensée aussi à Mr Teddy M. chargé de mission Tourisme Durable de prendre en considération mon Webzine Dream Voyager et autres projets. Sans qui cet article n’aurait pas pu être créé.

La chaîne des Pyrénées s’étend sur environ 430 Km, avec une pointe méridionale caractéristique se jetant dans la Mer Méditerranée en Catalogne, jusqu’au Cap Higuer dans le Golfe de Gascogne pour la partie nord occidentale. Elle constitue notre frontière avec la péninsule ibérique, l’Espagne à proprement parlé, une barrière naturelle, sismique géologique, climatique avec en son sein le Pic Aneto. Le phare de cette mer pierreuse culminant à  3404m d’altitude que certains marins en sac à dos traversent moyennant le GR10. Sa partie orientale prendrait pour délimitation, le Col de Puymorens, jusqu’au délire Géologique relaté précédemment lors d’un road-trip dans l’Alt Emporda, le Cap de Creus. Ce Cap serait donc la conclusion des Pyrénées et l’exemple type de l’originalité des milieux naturels contrastés des Pyrénées Catalanes, avec ses formes et structures originales soumises aux conditions climatiques changeantes voire extrêmes typiques de la région.

Les Réserves Naturelles Catalanes abritent des éco systèmes qui leurs sont propres offrant une biodiversité riche et variée se développant dans des forêts, estuaires, prairies, pelouses, dunes, elles s’apparenteraient à un musée d’histoire naturelle et de l’environnement vivant, aux 12000 espèces installées dans des milieux diversifiés, certaines mêmes endémiques comme la magnifique « Alysson Des Pyrénées ». Ce sont des habitats protégés que s’est appropriée la faune, le célèbre Isard, cousin du chamois alpin ou bien encore un rare et vulnérable rapace que j’ai eu la chance d’observer à la Grave (Haute Alpes) et de voir planer de nouveau dans les Pyrénées fut un bonheur indescriptible. Je fais bien sûr référence au Gypaète Barbu, ce formidable vautour, le plus grand de la faune européenne mais malheureusement espèce menacée. Une parmi les 400 autres aussi répertoriées dans le Pays Catalan .

Et comment omettre de mentionner le massif montagneux remarquable, celui du Canigo, labellisé Grand Site de France par le ministère de l’écologie et du développement durable et de l’Energie. Ou son emblématique et indétrônable, Pic du Canigou, régnant fièrement sur la plaine du Rousillon, le haut sommet oriental de la chaîne des Pyrénées avec ses 2784,66m 

Le Tres Estelles

J’arrive enfin, à l’aide des brèves mais concises indications données par Pep’ rencontré plus en amont, il y a 2h de cela. Je me retrouve devant cette porte, vert d’eau, en métal gravée d’un « CAT » caractéristique. Actionne la poignée et j’entre dans une pièce glaciale dans un silence assourdissant qui perce mes tympans,  la pénombre mélodieuse contraste avec la lumière aveuglante de l’extérieur. Je me déchausse de mes raquettes couvertes de neige collante et franche, que je pose soigneusement contre le mur , j’en fait de même pour mes bâtons que j’aligne à côté de cette échelle, en dessous du vieux et grand poster du parc naturel rappelant les règles imposées de préservation du parc et la présentation exhaustive des lieux.

Un sentiment d’apaisement me parcourt l’échine, vite rattrapé par la réalité de la rusticité et le mysticisme de l’endroit.  Je suis dans un vieux dortoir fait de bois et de vieux matelas accompagnés de vieilles couvertures posées sur de vieux sommiers artisanaux, ayant accueillis bon nombre de vieux Trekkers depuis un bon nombre de vieilles années. Je continue mon exploration et tombe sur une vieille table du même fer forgé accompagnée de ses bancs tout aussi vieux, que la porte d’entrée, une cheminée en son coin, un vieux poêle et un amoncellement de buchettes, papiers et bois de l’autre côté. Une étagère faisant l’angle avec les ustensiles rudimentaires pour se ravitailler. L’ambiance est spartiate, et je cherche désespérément un briquet ou une boite d’allumettes pour éclairer les lieux avec les restants de bougies déjà brulées posées sur la table. Je tombe seulement sur un journal datant de fin février, une couverture de survie, une bouteille de whisky vide, quelques infusions dans une boite et un cahier faisant office de livre d’or. Détails étranges, je note diverses inscriptions, des noms, nationalités, des citations, des dates, des années 1980-1990 à nos jours de part en part sur le bois qui recouvrent certains murs et même sur le dortoir. Émotion particulière, elles représentent la mémoire collective.

Pour éclairer la pièce je me décide d’ouvrir la fenêtre principale en enlevant la barre verticale qui l’aide à la fermer, j’aperçois que les flocons se sont remis à tomber par millions dehors laissant peu de visibilité à l’œil humain. 

Je reviens sur mes pas, je m’assois sur le banc pour écrire dans mon carnet de la compagnie du kraft, afin de décrire au mieux le bâtiment dans lequel je me trouve, coincé à près de 2000m, je me sens seul dans cette tempête de neige, je me suis abrité ici dans la réserve naturelle de Mantet, sur le GR10, la grande traversée des Pyrénées.

GR10

Avec ses 3000 hectares, c’est l’une des 11 réserves que compte le département des Pyrénées Orientales. Elle se situe dans le Haut Conflent, de 1400 à 2700m. Elle a la particularité d’être installée entre le massif du Canigo et celui de la Carança. Entourée d’un environnement féerique préservant dans ses pierres de nombreux vestiges et souvenirs du passé métallurgique et agropastorale. Dans cette réserve se côtoient étroitement: éboulis, roches et tourbières, sources, bouleaux, sapins, pins sylvestre, diverses espèces végétales patrimoniales et faunes sauvages, comme les discrets lagopèdes et grand tétra voire chats sauvages. Ajoutez y la sauterelle endémique « L’éphippigère du Vallespir » et nous voilà dans un écrin naturel, un laboratoire à ciel ouvert avec comme délimitation quelques cîmes pyrénéennes;  la Cime de Pomarole, le Pla Segala et le Mouscaillou.

La commune de Mantet où se loge une trentaine d’âmes, aux toits en ardoises grises, porte le joli surnom « du bout du monde », puisqu’après avoir passé le col, la route s’y arrête soudainement. Laissant place à des rues en pavés pour rejoindre les montagnes, par le biais du balisage classique Rouge et Blanc des Grandes Randonnées. Le village est associé affectueusement à l’étoile de Berger d’un point de vue stellaire, qui n’est autre que « Venus », l’astre le plus brillant après le soleil et la lune. Elle est le célèbre repère des bergers qui rythme leur quotidien et celui de leurs brebis. Elles étaient 3000 ici, il fut un temps, parcourant les pâturages. Mais aussi pour la raison spécifique qu’elle fut la première à être labellisée dans une démarche de développement durable « villes et villages étoilés de France » en réduisant sa pollution lumineuse. Depuis elle accueille sur deux jours durant, pendant l’été, le Off du festival d’astronomie de Tautavel avec conférences, activités et ateliers autour de l’observation. La voute céleste étend donc sa splendide nappe brillante pour couver la réserve tout au long de l’année. 

Le lendemain sera publié dans le journal local, le topo de la randonnée que je viens d’accomplir, décrite, je cite comme une balade dans un écrin de nature, protégé et prisé pour la pratique de la randonnée, en raquettes ou à ski.  Mais aujourd’hui dès mes premières foulées, je sens que cette marche sera marquée par la difficulté du terrain malgré la mise en beauté de la tempête de neige qui s’abat avec intensité. Épique, la visibilité est nulle, les flocons tombent lourdement recouvrant le balisage déjà difficile à remarquer. Je me perds donc à flanc de montagne. Je tente de me repérer aux multiples traces des randonneurs passés ces jours derniers, mêlées, entrecroisées, confondues à celles laissées par les animaux, entre autre les isards. Mais plus les minutes défilent, plus je sais qu’elles s’effaceront, bientôt elles auront disparu. Je traverse les anciens pâturages puis j’avale les dénivelés me repérant à l’instinct en m’enfonçant maintenant dans une forêt. Le froid orchestré brillamment par les cristaux de glace tombant sur le visage me sont pénibles, l’ascension, quant à elle est harassante malgré les raquettes que je viens de fixer, regrettant de ne pas les avoir mises plutôt. Quand j‘arrive sur un pla d’altitude, une vallée blanche d’une incroyable beauté, une lumière éblouissante, un calme olympien stupéfiant, des sapins ici et là comme posés méticuleusement par une puissance divine. Je prends le temps d’observer le panorama qui s’offre devant moi. Tout en repensant à la silhouette au manteau gris et noir,  floqué de vert de la Réserve Naturelle des Pyrénées Catalanes, apparue comme par enchantement dans le brouillard neigeux. Nous avions pu échanger sur les conditions climatiques, les différents sentiers à emprunter ou encore visibles, les raisons de ma venu et il m’avait conseillé de monter pendant 2h, je tomberai alors sur un balisage indiquant un bâtiment, je devrais ensuite tourner à gauche et il se manifesterait 200m en contrebas où je pourrais m’y abriter.

Je reprends mon souffle, mes esprits et je repars! Puis j’arrive enfin, à l’aide des brèves mais concises indications données par Pep’ rencontré plus en amont, il y a 2h de cela, au refuge de l’Alemany.

Balisage Rouge et Blanc, caractéristique des Grandes Randonnées
Pla d’altitude
Pep’



♥-Rodrigo-♥
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