Sur les traces des deux premiers explorateurs de l’Everest

Himalaya

Chemise, cravate, costume. Métro, boulot, dodo. Cette vie là n’est pas pour moi. Je l’ai testé et j’en ai fait les frais : dépression mentale et physique. J’ai donc décidé de tout quitter. Certains diront que c’est une fuite. C’est peut-être vrai et si c’est le cas, alors c’est la plus belle fuite au monde.

C’est comme ça que Kevin se présente et depuis bientôt 9 mois, il parcourt les pays de notre belle planète Terre, à la rencontre de cultures différentes, à la découverte de paysages différents et à la recherche de lui-même. D’îles paradisiaques, en passant par Kuala Lumpur & Manille, le voici parti de Shivalaya au sommet du Kala Patthar (5550m), pendant 17 jours durant en randonnée, dans l’Himalaya accompagné de son guide.

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Partie 1 : faire face à la douleur et à la résignation

Dès la 1ère journée, je rencontre une difficulté de taille. Après avoir enduré un dénivelé positif de 1000 mètres en quelques heures et avant d’amorcer une descente, mon genou gauche se bloque. Je boite péniblement et la douleur s’intensifie rapidement. Au 2ème jour, je ne peux plus le plier du tout, si bien que je ne me sers uniquement que de la jambe droite pour amorcer chaque montée et descente. Via mon père sur Messenger, je rentre en contact avec mon assurance pour connaître la procédure de prise en charge d’un rapatriement en hélicoptère. Serait-ce déjà la fin ? Non, pas comme ça ! Je n’ai pas fait tant de préparation pour si peu ! Mon guide me conseille de continuer, doucement, à mon rythme. J’ai vraiment du mal à y croire mais décide de l’écouter et continue l’expédition en mettant la douleur de côté. Je ne suis pas venu jusqu’ici pour finir si vite. Il est facile de se résigner et de trouver des excuses pour abandonner mais non, pas cette fois. Cette fois je prends sur moi et vais atteindre mon objectif !

C’est le 5ème jour de marche, avec environ 10 à 15°C en journée au quotidien. Chaque jour, on enchaîne l’ascension de sommets aux environs de 2500/3000 mètres d’altitude et des descentes à pic au fond de vallées. Les paysages sont magnifiques : de vastes plaines et rizières, des forêts, des bananiers ici et là, des torrents d’un bleu turquoise à faire rêver, des villages éparpillés. Chaque jour, nous croisons des tas d’enfants qui dévalent les sentiers pour se rendre à l’école et nous saluent à guise de « namaste » (bonjour en népalais). Mais voilà, mon genou droit fait maintenant des siennes lui aussi. Je suis obligé de me servir du gauche tant bien que mal pour laisser l’autre se reposer. Le 6ème jour est horrible physiquement parlant. Mes deux genoux me font trop souffrir, à tel point que mon guide nous fait faire une journée de pause le lendemain pour que je récupère, avec l’espoir que ça me fasse aller mieux. Une fois venu le moment de repartir, une attelle à chaque genou sont le soutien qui me permet de tenir bon et de me renforcer.

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Partie 2 : faire face au manque d’oxygène et au mal d’altitude

C’est le 11ème jour de randonnée. Après avoir parcouru les plaines et plateaux népalais, me voilà à présent en route vers les hauts sommets de l’Himalaya. La bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui et pour la première fois depuis le départ, aucun de mes genoux ne me fait mal : j’ai bien fait de persévérer dès le début et de ne pas tenir compte de la douleur. La moins bonne, c’est que nous avons 2 jours de retard. Pour palier ce problème et tenir le planning, il n’y a pas le choix, il nous faut mettre les bouchées doubles ! Nous faisons en 2 jours ce que les randonneurs habituels font en 4 ou 5. Chaque soir, quand mon guide et moi racontons d’où nous sommes partis le matin, les autres randonneurs, leurs guides népalais et les responsables des Lodges qui nous accueillent (mix motels/restaurants pour randonneurs) sont choqués. C’est une fierté personnelle, je le reconnais. Mais une fierté inconsciente. En allant aussi vite, mon guide ne me faut pas respecter les « palliers de décompression » vivement conseillés pour éviter de souffrir du M.A.M : le Mal Aigu des Montagnes. Une chance pour lui comme pour moi, les symptômes m’affectent tout en restant gérables (maux de têtes violents, du mal à respirer, rythme cardiaque qui s’emballe même au repos etc.).

Depuis que nous avons dépassé les 3500 mètres d’altitude, le taux d’oxygène diminue peu à peu. Un déjeuner à 3820 mètres d’altitude, une nuit à 4440. Un nouveau déjeuner à 4620 puis une nuit à 5150. Plus on monte et plus chaque ascension se fait rudement. Plus on s’approche des 5000 mètres d’altitude et plus la difficulté se fait ressentir par la respiration. Pour donner un exemple peu flatteur mais concret, je grimpe en moyenne 5 secondes puis enchaîne avec 10 secondes de pause, en inspirant et expirant comme une bête à l’agonie. A cette altitude, tout devient fatiguant : mettre ses chaussures comme plier son sac de couchage. Ce qui est plutôt normal étant donné que le taux d’oxygène est autour de 50%. À cette altitude, même au repos, les pulsations du cœur vont aussi vite qu’après avoir fait un sprint. C’est sans compter sur le froid qui s’intensifie à fur et à mesure que l’on s’approche de l’Everest. La journée, la température doit osciller entre -10 et -5°C. La nuit, elle doit se tenir entre -15 et -20°C, tout en sachant que les chambres ne sont pas chauffées et donc que la température intérieure équivaut à peu près à celle extérieure.

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Partie 3 : faire face au froid et à la maladie

C’est le 13ème jour de randonnée et deux possibilités s’offrent à nous : aller au camp de base de l’Everest (5350 mètres) ou faire l’ascension du Kala Patthar ou « roche noire » en népalais (5550 mètres). Depuis plusieurs jours, plusieurs trekkers que je croise me déconseillent le camp de base à cette saison pour l’unique et bonne raison qu’il n’y a rien à voir. Ce serait juste pour le fait de se dire « j’y étais ! ». Même mon guide me le déconseille. Alors c’est parti pour un challenge encore plus éprouvant, puisque plus haut en altitude. Avec comme promesse de la part de tous les trekkers, une vue magique à 360° ! Après 2 heures d’ascension et avoir parcouru les 50 derniers mètres en 30 minutes, me voici donc finalement au sommet tant conseillé avec son taux d’oxygène inférieur à 50%. Et la promesse est plus que tenue : l’Everest, le camp de base, les glaciers et tous les sommets environnants dont un au Tibet sont là, devant moi, ce qui me laisse sans voix. Je l’ai fait putain ! Malgré la douleur, malgré être passé à deux doigts d’abandonner, malgré toute la difficulté du trek, malgré l’altitude, le manque d’oxygène et le froid à gérer, je n’ai rien lâcher !

Mais tout n’est pas si rose. Les nuits précédentes ont été horribles, avec parfois seulement 3 heures de sommeil. Je ne sais pas combien il faisait dans ma chambre mais voici un exemple : le matin du réveil à 5150 mètres d’altitude, soit le plus haut où j’ai dormi, l’eau de ma bouteille était congelée et les fenêtres givrées de l’intérieur. Je vous laisse imaginer le bonheur de dormir dans un duvet résistant aux -30°C ! Mais la fièvre tapante, le nez qui coule, la gorge en feu commencent à avoir raison de moi. Si bien qu’au matin du 14ème jour, alors que nous avons déjà commencé à descendre, mon guide me conseille de rentrer en hélicoptère. Non ! C’est hors de question ! Je n’ai plus d’énergie mais je sais qu’au fond de moi j’ai la capacité d’aller au bout, de finir ce challenge debout et fier. Au diable le M.A.M et la maladie ! Alors on continue de descendre. On affronte des vents glacés en pleine face et des descentes vertigineuses. Pas après pas, jours après jours, on refait une partie du chemin inverse. Une fois redescendus sous les 3500 mètres d’altitude, je retrouve mon rythme et mon souffle normal. La température se fait elle aussi plus agréable. Mais voilà, mon corps a décidé de ne pas me laisser tranquille pendant ce challenge, du premier au dernier jour. Le matin de la 16ème et avant-dernière journée, je me réveille en diarrhée et vomissements, sûrement à cause d’une intoxication alimentaire. J’enchaîne les vogalibs et smectas mais suis obligé de rester cloîtré au lit toute la journée. Malgré la nouvelle proposition de mon guide d’être rapatrié en hélicoptère, que je refuse encore, je tiens bon et puise en moi toute l’énergie nécessaire pour terminer. Le dernier jour m’oblige donc à faire ce que l’on avait prévu en 2 jours. Me voilà finalement arrivé sain et sauf à Lukla, près à prendre l’avion direction Kathmandu.

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Partie 4 : le bonheur

 

Une fois décollé depuis l’un des aéroports les plus hauts et les plus dangereux du monde, le paysage est à couper le souffle ! Toute la chaîne de l’Himalaya s’étale devant moi via le hublot. Quelle magie ! Je repense à tout ce que je viens de vivre. Les mauvais moments, causés par mon corps. Mais aussi et surtout les bons moments : les rencontres avec tous ces trekkers de tous les âges et de toutes les nationalités (et ce lien puissant créé entre inconnus partageant une même épreuve), les points de vue indescriptibles, la bonne bouffe népalaise, la hargne d’y arriver, l’Everest juste là devant moi, et j’en passe.

Si cette histoire peut avoir comme moralité de ne rien lâcher, alors vous pouvez vous en inspirer ! Si vous avez un objectif en tête et que vous êtes sûrs qu’il en vaut la peine, alors allez jusqu’au bout de vos capacités, allez puisez en vous toute l’énergie et la force nécessaire pour arriver à vos fins.

Et si par aventure vous n’arrivez pas à l’atteindre comme vous l’auriez souhaité, alors au moins vous n’aurez aucun regret puisque vous aurez tout tenté !

Une histoire de persévérance et de dépassement de soi

Namaste 

♥-Mister Anywhere-♥

A voir et revoir:

Le Népal – Arrêt sur Image aux pieds de l’Himalaya