[Le comédien]

Espagne

Vous ai-je déjà parlé de mon Monde ?  Je n’pense pas! Alors suivez-moi! Il est immense mon Monde! Vous savez, un de ces endroits qui n’existe que lorsque l’on ferme les yeux. Essayez donc pour voir…On y rencontre des gens de tout horizons et de toutes les couleurs. Des petits, des grands, des croyants et des athées. Des fous, des sages et des gens barges! Ces rêveurs, ceux qui font et refont le Monde à leur manière. Ces vagabonds de la vie, ces marins comme certains aiment s’appeler. Je crois en la bonté de ces gens, ceux qui te tendent la main sans rien attendre en retour : ils te donnent pas grand chose parce qu’ils n’ont pas grand chose. Mais ils ont un point en commun ces gens là, c’est leur beauté de l’âme. Une humanité à en faire pâlir Mère Thérèsa… Si, Si! J’vous assure !  Ces rencontres ne m’avaient pas seulement touché mais marqué à vie comme on marque un veau au fer rouge ! C’est en moi, gravé dans mon esprit, mon âme ! Et cela n’a été que le début d’une longue, très longue histoire! C’était mon premier trip en solo. Peut être pas à l’autre bout du monde mais à l’époque cela me paraissait être une expédition digne de Christoph Colomb.

Backpack sur le dos me voilà partie pour Valence en Espagne, un aller sans retour : une pincée de folie bien choisie pour pimenter mon trip. Du moins, c’est ce que j’espérais ! Ils me disaient folle, je devais l’être sûrement ! Mais qu’est ce que la vie sans folie ?


 Ricardo

A la tombée de la nuit, je rencontre un groupe de jeunes saltimbanques en plein centre ville. Ils jouaient de la musique dans la rue pour certains, vendaient des bracelets, colliers fait à la main pour d’autres, et puis il y avait ceux qui préféraient jouer avec le feu…un melting pot de créativité!
C’était le moyen pour eux de gagner de l’argent de façon simple, d’exprimer leurs arts, leurs talents et de partager ça avec la société. En m’asseyant par terre avec eux, je sentis le regard poignant de cette société. Certains regards hautains et méprisants. Je me rendis compte que j’avais basculé dans un autre Monde, différent de celui que je connaissais. Et pourtant je m’y sentais à l’aise.

Acteur-Comédien travaillant à Valence au sein du troupe de théâtre, me proposa de m’installer chez lui. Il vivait en colocation avec des amis à lui. Cela s’est fait naturellement, comme si je faisais partie d’eux. Ils m’ont accueilli généreusement et rien que d’y penser j’en ai encore la chair de poule. Un partage de valeurs, de cultures, une simplicité de vivre, une ouverture d’esprit que je n’avais pas encore connue jusqu’à présent. Ricardo me faisait penser à d’Artagnan. Pas par son style vestimentaire, non, mais plutôt par sa dégaine : ses longs cheveux, sa moustache et son bouc. Un vrai mousquetaire! Rajoutez lui des petites lunettes rondes…Mais qu’est-ce qu’il était drôle !

C’était un homme simple, j’arrivais à ressentir son énergie, ses ondes positives, son aura. J’aimais beaucoup discuter avec lui. Il était si attentionné, si avenant! Il débordait de bonnes intentions.

Un aveugle aurait pu voir en lui sa clarté. 

Au fur et à mesure du temps qui passait, il était devenu comme un pilier pour moi dans cette ville, quelqu’un sur qui je pouvais m’appuyer. C’était rassurant. Je me souviens encore de ces soirées interminables, assis, Plaza de la Virgen (Place de la Vierge) avec toute la bande. Ils étaient devenus comme une seconde famille pour moi.  Nous avions pris pour habitude de rentrer autour des 4 heures du matin. Ça y est me voilà attachée ! Je me suis laissée prendre et qu’importe, je n’avais pas envie de me poser de question, ça me faisait du bien. Ricardo avait gentiment réquisitionné un vélo pour moi. Il n’habitait pas le centre de ville, c’était bien plus pratique. 

Cela me fait encore sourire lorsque j’y repense : à chaque fois que nous passions devant une pizzeria, la seule justement ouverte à cette heure-ci, on avait prit le tic de se regarder, un automatisme, l’air de se dire : tu as faim? Avec ce petit rictus au coin de la bouche, le même que possède un enfant de 6 ans lorsqu’il passe devant une confiserie, les yeux écarquillés. Et qui sait par avance que sa mère entrera dedans.
On ne s’était pas encore répondu, qu’on était déjà entrain de choisir quelle pizza on pourrait bien se mettre sous la dent! Un régal!

Il est étrange et excitant à la fois, ce sentiment, cette réaction instinctive de se livrer à des inconnus.
Nous nous sommes confiés, nous avons posé nos coeurs sur la table comme on pose cartes sur table, écouté le silence qui est parfois plus éloquent que les mots.  Peut-être trouvais-je en eux une absence de jugement ? Pourquoi est-ce si différent ici ? Venais-je de trouver ce que j’étais venue chercher ? La plupart étaient originaires d’Amérique du Sud  (Bolivie, Argentine, Chili, Equateur). Il y avait également des Espagnols, un Polonais et j’en passe. Ricardo, dont je vous ai parlé, Dani, Bene, Omar…pour ne citer qu’eux.

J’avais vécu le mois le plus intense de ma vie ! Rencontré des personnes d’ici et d’ailleurs, prit mon premier bain de minuit même si je ne sais pas nager je vous l’avoue. J’ai été invité à un anniversaire, restée éveillée jusqu’à l’aurore en jouant de la guitare sur la plage. J’errais dans la ville, de ruelle en ruelle, en perdant la notion du temps ! Comme si celui-ci s’arrêtait. J’ai fêté mes 29 ans à l’un des plus grand festival d’Europe de reggae sans même avoir payé grâce à la sournoiserie des mes compères. Rien que de l’imprévu. Je suivais le mouvement, c’était génial ! J’admirais leur train de vie au jour le jour, leur sensibilité aux êtres autour…Bref leur vision du Monde ! Finalement j’ai dû revenir pour le mariage de mon frère…Mais quelle idée a-t-il eu de se marier?

J’ai, en partant, prit un morceau de chacun d’entre eux et je me suis créée mon propre Monde, grâce à ces citoyens du Monde que je rencontre à chaque voyages et qui m’apportent à chaque fois toujours un peu plus à mon évolution personnelle et spirituelle. Avant mon départ, je leur laisse à chacun un porte-clés en espérant leur avoir rendu ce qu’ils m’avaient apporté, bien plus que je ne l’aurais imaginé. Aussi, était-ce une manière pour nous de se souvenir de ces instants partagés, histoire qu’ils ne tombent pas dans l’oubli ou bien si ce n’est de peur que je ne tombe moi-même dans l’oubli ?

La vie est belle pour celui qui sait voir au delà du visible. Une main tendue, un geste, un sourire, un regard… Prend le temps, profite de ces instants magiques, de ces rencontres parfois éphémères qui durent d’une manière ou d’une autre, car elles nous touchent et nous changent. Cet instant T qui te bouscule, te marque et te pousse à élargir ton horizon, ta manière de penser et automatiquement ton approche du Monde. Juste ouvrir les yeux et apprécier la beauté de la vie.

On ne me lira sûrement pas dans les livres d’histoires.
On ne connaîtra probablement jamais mon nom.
Mais ce que je raconte c’est toi, c’est lui, c’est vous, c’est nous et c’est eux.

Seulement la vraie vie.  Vous pouvez maintenant ouvrir les yeux…C’est ma réalité,

Bienvenu dans mon Monde.


L’auteur

A 31 ans puis-je dire encore que j’ai gardé mon âme d’enfant sans paraître enfantine ? Et quand bien même je l’étais! Optimiste à mes heures perdues, je suis de ceux qui croient en la beauté de ce Monde. Au partage, au destin, que toute histoire, toute rencontre est écrite avec un enseignement à la clé. Rêveuse un brin mélancolique, je ressens le temps qui passe comme on regarde passer le train: Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter. » Emil Michel Cioran « La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste. » Victor Hugo. La justice, l’équité, le respect sont des valeurs qui me tiennent à cœur. Je fais partie de ceux qui n’abandonnent jamais, à la Usain Bolt ou bien de ceux qui se serrent les dents comme Marcel Cerdan. Je n’oublie pas d’où je viens car c’est ce qui me permets de savoir où je vais: « N’oublies pas ton histoire ou bien le Monde t’oubliera » Médine. Nous devons être fiers de ce que nous sommes, qui que nous soyons.J’aurai pu naître ailleurs: indienne, syrienne, éthiopienne, être chrétienne ou bouddhiste, connaître la richesse, j’aurai pu être ta voisine, ta sœur comme j’aurai pu ne jamais voir le jour aussi.

Je crois que les frontières n’existent que dans nos têtes. Que s’unir n’est pas leur rendre service et que se diviser leur permet de mieux régner! Je  n’ai pas envie de rentrer dans leurs clous moi! Juste envie d’être libre!
Pas du style à jouer les bobos chics à des soirées mannequins. Je ne crois pas que l’élégance se résume à un sac Chanel et une paire de Louboutin.

Je défends aveuglement les pauvres et les plus faibles car ce que m’a bien apprise la vie, c’est que rien n’est acquis. Aujourd’hui c’est toi ; demain ce sera peut-être moi. Et que celui qui se croit le plus fort est souvent celui qui perd. Et si un jour je ne le fais plus, je vous en supplie,par pitié tuez-moi! Dans l’imperfection de chaque être il y a du bon. L’ homme n’est pas si mauvais et d’où ma pensée qu’il m’appartient de décider ou non : quel genre de personne je veux être dans ce Monde ?

Moi c’est Nassira., 31 ans. Arabo-musulmane, Citoyenne du Monde.
Une goutte d’eau dans l’océan. Peace.


Partage ton expérience ici ⇓

Ma Page Facebook ici ⇓